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FOOTMARKET – INTERVIEW Marie-Ève Dumons : engagement, formation et développement du football audois
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FOOTMARKET – INTERVIEW Marie-Ève Dumons : engagement, formation et développement du football audois

01 novembre 2026

De la présidence du FC Chalabre à ses responsabilités au District de l’Aude de Football, Marie-Ève Dumons s’investit dans le développement du football amateur. Son parcours l’a amenée à travailler sur la relance des équipes seniors, la formation des jeunes, la féminisation du football et la gestion des clubs. Pour FootMarket, elle revient sur ses expériences, les défis rencontrés et les projets qui lui tiennent à cœur.

L’INTERVIEW

1. Pour commencer, pouvez-vous présenter à nos lecteurs votre parcours dans le football audois ?

Je suis engagée dans le football depuis de nombreuses années. Comme beaucoup de mamans, j’ai commencé en accompagnant mon fils au football, lui qui a aujourd’hui 37 ans. Petit à petit, cet engagement est devenu une véritable passion et m’a conduite à prendre des responsabilités, d’abord au sein du club de Chalabre, puis au District de l’Aude en 2004, sous la présidence de M. Le Maigron.

J’ai également pris des responsabilités au sein du FACV Carcassonne, dont j’ai été présidente en 2011 ou 2012. Cette expérience m’a permis de découvrir une autre dimension du football associatif et de m’investir encore davantage dans la vie des clubs.

2. Vous avez pris la présidence du FACV Carcassonne en 2011-2012, à seulement 26 ans. Comment avez-vous vécu cette première expérience à la tête d’un club évoluant au niveau régional ?

J’ai vécu une étape importante avec le projet de fusion entre Carcassonne-Maroc, entraîné par Malick Niang, et le FACV. Ce projet a été mené avec le soutien de Jean-Claude Perez, maire de Carcassonne, et de Christophe Fangeaux, adjoint aux sports.

Cette fusion a demandé énormément de travail et d’investissement. Il a fallu réfléchir à la nouvelle organisation, construire un projet sportif et faire des choix importants.

Dans le cadre de cette nouvelle organisation, il a également fallu réfléchir au projet sportif et à son encadrement technique. Plusieurs personnes ont participé à cette dynamique, notamment Serge Gallardo, Éric Valognes et Ahmed Didaoui.

Cette présidence a été une expérience très enrichissante sur le plan humain. J’ai beaucoup travaillé sur les relations avec les joueurs, la réserve du FACV avec Malick Niang et Rémy Zecchin, et les entraîneurs de l’école de football avec Bouchaid Danguire, David Flamand et Alain Maury, éducateur des U15. Il fallait repenser le fonctionnement d’un grand club, qui avait connu le niveau national avant de redescendre au niveau régional, avec forcément une diminution importante du budget.

3. Cette période a notamment été marquée par des difficultés financières et une volonté de renforcer la transparence de la gestion. Comment avez-vous abordé ces enjeux ?

La gestion financière est essentielle. On ne peut pas diriger correctement un club ou une institution sans connaître sa situation réelle, ses moyens et ses engagements.

Je suis très attachée à la rigueur et à la transparence. Il faut anticiper, contrôler les dépenses et mesurer les conséquences de chaque décision sur l’avenir de la structure.

Un dirigeant doit savoir regarder la réalité en face, même lorsqu’elle n’est pas agréable. Il vaut mieux alerter à temps que de découvrir trop tard que l’on a dépassé ses moyens.

Dans ce domaine, je privilégie les faits et les chiffres aux discours. Mon rôle est de poser les bonnes questions, de signaler les risques et de défendre une gestion responsable.

4. Durant votre passage au FACV Carcassonne, vous avez également pris position contre les insultes racistes et les agressions verbales visant certains joueurs. Quelle importance accordez-vous à la lutte contre les discriminations dans le football ?

Lors de mon passage au FACV Carcassonne, j’ai effectivement pris position contre les insultes racistes et les agressions verbales visant certains joueurs. Pour moi, il était hors de question de banaliser ces comportements ou de faire comme si de rien n’était.

Je suis quelqu’un de direct et je ne suis pas du genre à me taire lorsque je trouve une situation injuste. Peu importe l’origine, la couleur de peau ou la différence de chacun, tout le monde doit être respecté.

Le football doit rassembler, pas diviser. On peut être adversaires sur un terrain, mais cela ne donne à personne le droit d’humilier, d’insulter ou de discriminer un joueur.

Je pense que les dirigeants ont une vraie responsabilité : ils doivent montrer l’exemple, protéger les joueurs et réagir clairement face à ces comportements. Pour moi, il ne suffit pas de prononcer de beaux discours contre le racisme. Il faut aussi avoir le courage de prendre position et d’agir.

Sur ces sujets, je n’ai pas de position politique à défendre : j’ai simplement des valeurs humaines à faire respecter. Le respect n’est pas négociable, ni sur un terrain ni en dehors.

5. Depuis juillet 2020, vous êtes à la tête du FC Chalabre. Dans quel état avez-vous trouvé le club à votre arrivée et quelles ont été vos premières priorités ?

À mon arrivée au FCC en 2020, le constat était assez simple : le club ne comptait plus d’école de football et disposait uniquement d’une équipe senior évoluant en D1.

J’ai rapidement réalisé un état des lieux et surtout tiré la sonnette d’alarme : sans école de football, il ne peut pas y avoir d’avenir pour un club. Les enfants sont la base, ils représentent le renouvellement des générations et la pérennité de notre club.

Ma première priorité a donc été de travailler sur l’avenir du club, en essayant de reconstruire une école de football et de redonner une dynamique à l’ensemble.

6. Le FC Chalabre a connu une période difficile concernant ses effectifs seniors, avant de retrouver une équipe sur grand terrain après une étape par le futsal régional. Comment avez-vous travaillé pour relancer cette activité ?

Nous avons travaillé pendant une première année, puis le Covid est arrivé. À la sortie de cette période, beaucoup de joueurs avaient abandonné et nous avons rencontré de grandes difficultés pour maintenir notre activité.

Après le Covid, nous avons dû prendre une décision difficile : mettre notre catégorie senior en sommeil. Nous avons alors fait le choix de créer une équipe de futsal. Avec le recul, je peux dire que cette initiative a véritablement sauvé le club et permis de recréer une dynamique.

Ismaël Egger a notamment pris en charge la partie technique et contribué au développement de cette nouvelle activité.

L’année suivante, nous avons retrouvé le chemin du football à onze avec une équipe engagée en D2, sous la direction de Guillaume Lacoste.

Mais reconstruire un club demande du temps. Trois ans plus tard, nous avons de nouveau connu une baisse des effectifs.

Fabien Conte a alors repris l’entraînement et a su, lui aussi, insuffler une nouvelle dynamique au groupe.

Il a surtout réussi à apporter quelque chose qui, à mes yeux, est essentiel dans un club amateur : un véritable esprit de groupe. Il a remis de la vie autour de l’équipe, avec un côté festif après les matchs, de la convivialité, de la spontanéité et surtout des liens affectifs très forts entre les joueurs.

Ce n’est pas uniquement une question de football ou de résultats. C’est aussi cette envie de se retrouver, de partager des moments ensemble, de prendre plaisir à jouer et de faire partie d’un groupe. Je pense sincèrement que cette dimension humaine et cette ambiance retrouvée expliquent en grande partie la dynamique que nous connaissons aujourd’hui.

Aujourd’hui, c’est avec beaucoup de plaisir et de fierté que nous avons retrouvé deux équipes seniors.

Notre équipe première est encadrée par Nicolas Discala et Fabien Conte, tandis que notre équipe réserve est dirigée par Grégory Boubès et Sébastien Romero.

Je tiens également à souligner le rôle de Philippe Gérard, vice-président, lorsque nous avons repris le chemin du football à onze. Son expérience a été précieuse. C’était un joueur qui avait connu le FC Chalabre au plus haut niveau PH, qui possédait un très bon vécu footballistique et qui était profondément attaché à ce club.

Il ne faut pas oublier que le FCC possède une histoire de près de 76 ans de football. Nous avons donc une identité, un passé et un héritage à faire vivre.

Cette reconstruction est le résultat de plusieurs engagements successifs. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice. Il a fallu savoir s’adapter, accepter les périodes difficiles et surtout ne jamais renoncer.

7. La formation des jeunes occupe une place importante dans votre engagement au FC Chalabre. Comment avez-vous réussi à redynamiser l’école de football et à attirer de nouveaux licenciés chez les U7, U8 et U9 ?

C’est une histoire qui me tient particulièrement à cœur.

Après le Covid, plusieurs mamans sont venues me voir pour me dire qu’il y avait beaucoup d’enfants intéressés par le football et qu’il serait peut-être possible de recréer une école de football.

C’était exactement ce que je souhaitais depuis mon arrivée !

Nous avons alors relancé cette activité avec beaucoup de volonté et surtout avec l’aide de ces mamans. Une nouvelle fois, ce sont les femmes qui ont contribué à faire avancer le club.

Nous avons également développé le Fit Foot, une nouvelle pratique proposée par la FFF, qui a permis d’accueillir et de fédérer une vingtaine de femmes autour du club.

Nous avons ainsi réussi à retrouver une véritable école de football, avec jusqu’à 40 enfants. C’était une immense satisfaction après toutes les difficultés traversées.

Pour moi, l’essentiel est que les enfants viennent avec le sourire, prennent plaisir à jouer, apprennent à vivre ensemble et aient envie de revenir chaque semaine.

Il faut aussi que les familles trouvent leur place. Les parents ne doivent pas être de simples spectateurs : ils doivent pouvoir participer, apporter leurs idées et se sentir pleinement intégrés à la vie du club.

8. Au-delà des résultats, vous accordez une place importante à la convivialité, avec notamment des goûters et des événements organisés pour les enfants. Pourquoi cet aspect est-il essentiel à vos yeux ?

Pour moi, le football amateur ne se résume pas aux entraînements et aux résultats du dimanche.

Nous avons vécu des moments extraordinaires avec les enfants : des journées Halloween mémorables, des goûters, des crêpes, des animations et surtout beaucoup de partage.

Je voulais retrouver cette ambiance de grande famille, où chacun se connaît, où les parents échangent, où les enfants sont heureux de se retrouver et où les bénévoles prennent également du plaisir à s’investir.

Je crois profondément que la convivialité est aussi importante que le résultat sportif. Un enfant qui vient au club pour jouer, mais aussi pour retrouver ses copains et partager de bons moments, c’est un enfant qui a envie de rester licencié.

Un club devient un véritable lieu de vie lorsqu’il dépasse le simple cadre du football.

C’est un endroit où les générations se rencontrent, où les familles se retrouvent, où les bénévoles donnent de leur temps et où chacun peut trouver sa place.

Au FC Chalabre, nous avons compris que la réussite ne reposait pas uniquement sur les équipes seniors ou les résultats sportifs. Elle repose avant tout sur les femmes et les hommes qui font vivre l’association.

Ce qui m’a toujours guidée, c’est cette dimension humaine. Un club rural doit être proche de ses habitants, savoir s’adapter à son territoire et créer du lien.

Je suis particulièrement fière de ce que nous avons réussi à reconstruire ensemble. Cela n’a jamais été le travail d’une seule personne, mais celui d’une équipe de bénévoles, de mamans, de dirigeants, d’éducateurs et de familles qui ont cru en notre projet.

Nous n’avons pas seulement cherché à maintenir un club en activité, nous avons voulu lui redonner un avenir, tout en respectant ses presque 76 ans d’histoire.

9. Vous exercez également des responsabilités au District de l’Aude de Football, en tant que vice-présidente déléguée. En quoi consiste votre rôle au quotidien et quels sont les dossiers qui mobilisent le plus votre attention ?

Depuis décembre 2024, je suis vice-présidente déléguée du District de l’Aude de Football, avec une délégation principalement axée sur les finances et les ressources humaines.

C’est un engagement très prenant, même si je reste entièrement bénévole. Mon rôle consiste à suivre la gestion financière du District, à veiller à l’équilibre budgétaire, à suivre les dossiers administratifs et à accompagner les questions liées au personnel. Je travaille en étroite collaboration avec le président Pierre Micheau, les vice-présidents, mais aussi avec la secrétaire, l’aide-comptable, les techniciens, les présidents et les bénévoles des commissions.

Les dossiers financiers et les ressources humaines demandent beaucoup de disponibilité, de rigueur et de vigilance. Il faut anticiper, contrôler, prendre des décisions parfois difficiles et toujours garder à l’esprit l’intérêt collectif des clubs.

Je suis quelqu’un qui aime comprendre les dossiers, aller au fond des choses et ne pas laisser les problèmes s’installer. Je pense qu’une bonne gestion est indispensable pour permettre au football audois de continuer à se développer.

Par contre, je suis quelqu’un de direct, d’entier et de déterminé. Je ne suis pas une femme politique et ne suis pas toujours diplomate. Parfois avec un peu trop de franchise, mais toujours avec sincérité.

Je préfère être honnête plutôt que de tenir un discours qui fait plaisir sans faire avancer les choses.

Ce sont deux responsabilités différentes, mais finalement assez complémentaires.

Au FC Chalabre, je suis dans le football de proximité, dans le quotidien d’un club rural, avec ses bénévoles, ses joueurs, ses éducateurs et ses difficultés financières et humaines.

Au District, j’ai une vision plus large du football départemental, avec des enjeux qui concernent l’ensemble des clubs.

Je pense que mon expérience de présidente de club m’aide énormément dans mes fonctions au District. Je connais les réalités du terrain, les difficultés de recrutement, le manque de bénévoles, les contraintes financières et tout ce que représente la gestion d’une association.

On ne peut pas prendre des décisions pour les clubs sans comprendre ce qu’ils vivent au quotidien.

Pour concilier mes deux responsabilités, il faut beaucoup d’organisation, une équipe qui tient aussi la route au FCC, de la disponibilité et surtout de la passion. Cela demande du temps, parfois beaucoup, mais je ne conçois pas mes responsabilités autrement que par l’investissement personnel.

Je reste profondément attachée au football amateur et à ses valeurs. Que ce soit à Chalabre ou au District, ce qui me motive reste le même : faire avancer les choses, soutenir les bénévoles et défendre un football où l’humain doit toujours garder sa place.

10. La féminisation du football constitue l’un des axes de votre engagement. Quelles sont, selon vous, les principales difficultés qui freinent encore l’accès des femmes aux postes de dirigeantes, d’éducatrices ou d’arbitres ?

Pour moi, la première difficulté reste encore les mentalités. Les femmes doivent parfois davantage faire leurs preuves pour être reconnues et considérées comme légitimes dans des fonctions de dirigeantes, d’éducatrices ou d’arbitres. Il y a aussi le manque de confiance en soi, la difficulté à concilier engagement associatif, vie professionnelle et vie familiale d’une maman, mais surtout le manque d’accompagnement et d’encouragement.

Je pense qu’il faut avant tout faire évoluer les habitudes dans les clubs. Il ne faut pas simplement attendre que les femmes viennent prendre des responsabilités, il faut aussi aller vers elles, leur proposer des missions, les accompagner et leur faire confiance. On n’a pas besoin d’être une spécialiste du football pour être une bonne dirigeante. Il faut avant tout avoir de l’écoute, de l’envie, du courage et savoir travailler en équipe.

Je suis particulièrement sensible à cette question, car je constate sur le terrain que les femmes apportent énormément au football associatif. Au FC Chalabre, par exemple, notre bureau est composé à 80 % de femmes. Notre école de football fonctionne également grâce à l’implication et à la direction de trois femmes : Marion, Chloé et Jessica, ainsi que du secrétariat général avec Justine. Elles savent écouter, anticiper les difficultés, tirer la sonnette d’alarme et faire avancer les choses. C’est une vraie richesse pour un club. C’est aussi la preuve que, lorsqu’on leur donne leur place et qu’on leur fait confiance, les femmes savent prendre des responsabilités et les assumer pleinement.

11. Le développement du football féminin passe aussi par des actions concrètes sur le terrain. Quelles initiatives vous semblent prioritaires pour attirer davantage de joueuses et leur permettre de poursuivre leur pratique dans de bonnes conditions ?

Concernant le développement du football féminin, je crois beaucoup aux actions de proximité et à la découverte dès le plus jeune âge. Il faut aller chercher les jeunes filles, leur donner envie de venir au stade, leur permettre de découvrir le football sans pression et surtout leur montrer qu’elles y ont toute leur place.

C’est notamment dans cet esprit que nous organisons des journées 100 % féminines, comme l’opération « Amène ta copine », avec des ateliers de découverte, du football, du futsal, du Fit Foot et différentes animations. L’idée est simple : permettre à des jeunes filles, même non licenciées, de venir essayer, de s’amuser et de découvrir un environnement accueillant.

Mais attirer les joueuses ne suffit pas. Il faut aussi leur permettre de poursuivre leur pratique dans de bonnes conditions : proposer des créneaux adaptés, des encadrants formés, des équipes dans chaque catégorie d’âge et surtout assurer une continuité dans leur parcours.

Enfin, je pense qu’il faut davantage mettre en avant les femmes qui s’investissent déjà dans le football. Elles sont des exemples pour les générations suivantes. C’est ce que nous avons fait au District, puisque nos coupes portent le nom de joueuses qui ont pratiqué à un niveau régional supérieur : Marty, Saviana et Benoît. La féminisation ne doit pas être simplement un objectif affiché dans les discours : elle doit se traduire par des actes, de la confiance et de véritables possibilités de prendre des responsabilités.

Pour moi, le football doit être un sport où les femmes ne sont pas simplement invitées à participer, mais où elles ont pleinement leur place pour décider, encadrer, arbitrer et faire évoluer les clubs.

12. Vous participez également au suivi et à la valorisation des jeunes talents audois dans le cadre du Plan de Performance Fédéral (PPF). Comment accompagne-t-on ces jeunes dans leur progression et quel rôle le District joue-t-il dans leur parcours ?

Le suivi et la valorisation des jeunes talents sont importants, car nous avons un véritable rôle à jouer dans leur progression. Le Plan de Performance Fédéral permet de détecter des jeunes à potentiel, de leur proposer des rassemblements, des stages et des séances de perfectionnement afin de les accompagner dans leur évolution.

Le rôle du District est d’offrir à ces jeunes un cadre de travail, de leur permettre de se confronter à d’autres joueurs, de découvrir d’autres méthodes d’entraînement et de progresser techniquement, tactiquement et humainement. C’est aussi un travail de collaboration avec les éducateurs et les clubs, qui restent les premiers acteurs de leur formation au quotidien.

Mais je pense qu’il faut être très vigilant sur un point : ne pas brûler les étapes. Détecter un jeune talent ne signifie pas lui mettre une pression supplémentaire ou lui faire croire que tout est déjà acquis. Il faut respecter son rythme, son âge, son équilibre scolaire et personnel.

Je suis particulièrement attachée à ce que ces dispositifs ne nous fassent jamais perdre de vue l’essentiel : le plaisir de jouer et l’attachement au club qui a permis au jeune de découvrir le football et de grandir dans ce sport.

Notre objectif n’est pas seulement de former de meilleurs joueurs, mais aussi de former des jeunes qui aiment leur sport, qui gardent les valeurs du collectif et qui auront envie, demain, de continuer à faire vivre leur club et le football audois.

13. Vous intervenez aussi sur des dossiers institutionnels, notamment liés au Statut de l’arbitrage. Comment trouver le bon équilibre entre le respect des règlements et les réalités auxquelles sont confrontés les clubs amateurs ?

Je ne suis pas intervenue directement sur les dossiers institutionnels liés au statut de l’arbitrage. En revanche, j’ai été amenée à intervenir très concrètement sur le règlement des frais d’officiels, notamment pendant l’absence pour maladie de notre aide-comptable, où nous avons dû reprendre cette gestion.

Ce que je constate, c’est que l’arbitrage et son environnement représentent un coût de plus en plus important pour les clubs. Pour autant, il faut être conscient que sans arbitres, il n’y a pas de matchs. Les clubs doivent donc comprendre que cette contribution est indispensable au fonctionnement de nos compétitions.

Au sein de notre District, nous avons la chance d’avoir Nasser Khouchane, élu arbitre au comité directeur, qui assure également les désignations des arbitres. Il réalise un travail formidable, avec beaucoup d’investissement, et c’est un véritable plaisir de travailler avec lui. Je trouve important de souligner cet engagement, car derrière l’organisation de nos compétitions, il y a aussi des personnes qui donnent beaucoup de leur temps.

En revanche, je pense qu’il y a également un travail à mener sur le terrain. Les clubs ont parfois le sentiment que l’arbitrage n’est pas toujours à la hauteur de leurs attentes. Mais il faut rappeler qu’un arbitre est avant tout un être humain, comme un joueur ou un dirigeant, et qu’il peut lui aussi commettre des erreurs.

À mes yeux, le rôle de l’arbitre ne doit pas se limiter à appliquer un règlement ou à sanctionner. Il doit aussi être dans l’explication, la pédagogie et le dialogue. C’est parfois ce qui manque sur certains terrains.

Je pense notamment qu’un travail autour de la FIA et de la formation des arbitres est important, pour renforcer cette dimension humaine et pédagogique.

Il faut apprendre à mieux se comprendre : les joueurs, les dirigeants et les arbitres ont tous un rôle à jouer. Le respect des règlements est indispensable, mais il ne doit jamais faire oublier les réalités du football amateur, qui repose avant tout sur des bénévoles, de l’engagement et du plaisir de jouer.

14. Avec votre expérience à différents niveaux du football audois, quel regard portez-vous sur la situation actuelle du football amateur dans le département ?

J’ai la chance de participer régulièrement à des réunions, aussi bien à la Ligue qu’à la FFF. Ces expériences me permettent d’avoir une vision assez large du football, de ses orientations et de ses enjeux, tout en restant très attachée aux réalités du terrain.

J’ai également vécu le football de l’intérieur, dans des clubs de différents niveaux, jusqu’à mon engagement au FC Chalabre. Cela m’a permis de comprendre que les problématiques ne sont pas toujours les mêmes, mais que les difficultés se rejoignent souvent.

Aujourd’hui, nos clubs doivent faire face à plusieurs défis. Nous constatons une augmentation du nombre de licences, ce qui est une évolution positive pour le football, mais qui demande aussi aux clubs de s’adapter. Il faut pouvoir accueillir ces nouveaux licenciés, disposer d’éducateurs formés en nombre suffisant, de bénévoles, d’installations adaptées qui ne dépendent pas toujours des clubs, mais d’une commune ou d’une intercommunalité, et de moyens financiers pour faire fonctionner les structures.

Parallèlement, les contraintes financières sont de plus en plus importantes : le coût du gazole, le coût des équipements et la difficulté à trouver et à fidéliser des bénévoles restent de véritables préoccupations. On demande beaucoup aux dirigeants, qui doivent être à la fois gestionnaires, comptables, cuisiniers, menuisiers, organisateurs, éducateurs et parfois même techniciens.

Je crois profondément qu’il faut simplifier leur quotidien et les accompagner davantage. D’ailleurs, la FFF vient de mettre en place le projet club. Il faut surtout reconnaître leur investissement. Sans bénévoles, il n’y a tout simplement pas de football amateur.

Pour les jeunes, notre principal défi est de leur donner envie de venir au football, mais surtout de leur donner envie d’y rester. Cela passe par la qualité de l’accueil, l’encadrement, l’incitation de nos éducateurs à se former, le plaisir de jouer, la convivialité et le sentiment d’appartenir à un club.

Il faut également être attentif aux petites structures, qui jouent un rôle essentiel dans nos villages. Un club rural, ce n’est pas seulement une équipe qui dispute un championnat : c’est un lieu de vie, de rencontres, de partage et parfois même le cœur de la vie associative d’un village.

À mon sens, le District doit être au plus près des clubs et de ces réalités, les écouter, les soutenir et leur proposer des solutions adaptées à leurs moyens. Nous devons accompagner les clubs à travers le projet club de la FFF, notamment, plutôt que leur ajouter des contraintes.

Je reste convaincue que l’avenir du football amateur repose avant tout sur l’humain, la solidarité entre les clubs et le plaisir de pratiquer notre sport.

15. Si vous deviez retenir une satisfaction ou une réussite particulièrement marquante dans votre parcours de dirigeante, laquelle choisiriez-vous ?

Si je devais retenir une satisfaction particulière dans mon parcours, je dirais que c’est d’avoir réussi à reconstruire, à faire repartir et à redonner une dynamique à des projets qui n’étaient pas toujours faciles.

Je pense notamment au FC Chalabre, où nous avons traversé des périodes compliquées. Il a fallu remobiliser les bénévoles, reconstruire l’école de football, retrouver une dynamique chez les jeunes et recréer un véritable esprit de club. Voir aujourd’hui cette structure continuer à vivre, avec des personnes investies et notamment des femmes qui prennent des responsabilités, est une vraie satisfaction.

Mais je retiens aussi toutes les rencontres humaines faites au fil de mon parcours. Je pense également à toutes les rencontres que j’ai pu faire à la Ligue, où je participe régulièrement au comité directeur en tant que vice-présidente déléguée. J’ai énormément appris et partagé avec mes collègues présidents de District. Au fil des réunions et des dossiers que nous travaillons ensemble, des liens se sont créés, des liens qui vont bien au-delà du football, avec une véritable amitié et une solidarité entre nous.

Je participe également régulièrement aux travaux de l’Association nationale des présidents de District. C’est un espace d’échanges très enrichissant, où nous pouvons partager nos expériences, nos difficultés, nos réussites et travailler ensemble sur des dossiers communs.

Pour moi, c’est une grande satisfaction de pouvoir vivre ces échanges, de constater que le partage d’expériences et la solidarité sont aussi des forces dans notre engagement.

16. Quelles sont vos priorités pour les prochaines saisons, aussi bien au FC Chalabre qu’au District de l’Aude de Football ?

Pour les prochaines saisons au District de l’Aude, mes priorités sont de rester à l’écoute des clubs, de mieux prendre en compte leurs réalités, notamment celles des petits clubs ruraux qui n’ont pas toujours les mêmes moyens que les grandes structures. Je souhaite également poursuivre le développement du football féminin, accompagner les jeunes, valoriser le bénévolat et aider les clubs à se structurer et à se renouveler.

Plus largement, j’aimerais voir un football amateur qui continue à se développer, mais sans perdre son âme. Un football plus accessible, plus féminin, plus ouvert, où chacun trouve sa place, que l’on soit joueur, éducateur, arbitre ou dirigeant.

Et surtout, je voudrais que nous retrouvions et préservions ce qui fait la richesse du football amateur : la convivialité, le plaisir de jouer, le respect et les valeurs humaines. Car derrière les résultats et les classements, il y a avant tout des femmes et des hommes qui donnent beaucoup de leur temps et de leur énergie.

Je voudrais que, dans les années à venir, on ne mesure pas uniquement la réussite du football au nombre de licenciés ou aux résultats sportifs, mais aussi à sa capacité à créer du lien, à transmettre des valeurs et à donner envie aux bénévoles de continuer à s’engager.

17. Pour terminer, quel message souhaiteriez-vous adresser aux bénévoles, aux dirigeants, aux éducateurs et aux familles qui font vivre le football amateur au quotidien ?

Je voudrais avant tout dire MERCI à tous les bénévoles, aux dirigeants, aux éducateurs, aux arbitres et aux familles. Sans vous, nos clubs ne pourraient tout simplement pas fonctionner.

On ne mesure pas toujours le temps donné, les sacrifices personnels, l’énergie et parfois les difficultés que vous acceptez pour faire vivre votre club.

Je voudrais aussi dire aux dirigeants de ne jamais perdre de vue l’essentiel : derrière les résultats, les classements et les compétitions, il y a avant tout des femmes et des hommes, des enfants, des familles et des histoires humaines.

Gardons un football accessible, convivial et proche de nos territoires. Un football où chacun trouve sa place, où les jeunes prennent plaisir à jouer, où les filles et les femmes peuvent s’engager, où les bénévoles sont respectés et valorisés.

Je crois profondément que nous devons continuer à travailler ensemble, à nous écouter, à nous entraider et à transmettre nos valeurs. Il faut savoir laisser une place aux nouvelles générations et donner envie à d’autres de nous rejoindre.

Pour moi, le football amateur, ce n’est pas seulement un sport. C’est du lien social, du partage, de l’éducation et parfois même une seconde famille.

Ne perdons jamais cette dimension humaine. C’est elle qui fait la richesse de nos clubs et qui donne tout son sens à notre engagement.

Un club ne se construit pas uniquement avec des résultats sportifs, mais avant tout avec des femmes et des hommes qui ont envie de faire vivre une belle aventure humaine.

LE MOT DE LA FIN

Merci à Marie-Ève Dumons d’avoir accepté de répondre aux questions de FootMarket et de partager son expérience de dirigeante au service du football audois.

À travers son parcours, cette interview met en lumière les enjeux de la gestion associative, de la formation des jeunes et du développement du football féminin, au cœur de la vie des clubs et des instances départementales.

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